L'essentiel
Le chirurgien-dentiste dispose d'un droit de prescription étendu aux examens biologiques nécessaires à l'exercice de l'art dentaire (art. L.4141-2 et R.4127-206 CSP). Il peut prescrire un INR avant extraction chez un patient sous AVK, une NFS en cas de suspicion d'anomalie hématologique, ou une glycémie à jeun. Toutefois, son périmètre reste lié à la sphère bucco-dentaire : au-delà, il doit orienter vers le médecin traitant et assurer une coordination rigoureuse.
Cadre réglementaire
- Code de la santé publiqueArt. L.4141-2 — Champ de compétence du chirurgien-dentiste
Le chirurgien-dentiste peut prescrire tous les actes, produits et examens nécessaires à l'exercice de l'art dentaire.
Consulter le texte - Code de la santé publiqueArt. R.4127-206 — Données acquises de la science
Le chirurgien-dentiste est tenu de pratiquer selon les données acquises de la science, ce qui implique de vérifier l'état de santé général du patient avant certains actes invasifs.
Consulter le texte - HAS — Gestion péri-opératoire des patients sous AVKRecommandation de bonne pratique (actualisée 2008)
Recommande de vérifier l'INR dans les 24 heures précédant l'acte chirurgical chez un patient sous AVK, avec un seuil de 3 pour la plupart des actes dentaires.
Consulter le texte - Code de la santé publiqueArt. R.4127-208 — Liaison avec le médecin traitant
Lorsque l'état du patient le justifie, le chirurgien-dentiste doit consulter le médecin traitant ou tout spécialiste qualifié.
Consulter le texte
Obligations concrètes
Prescrire un INR avant tout acte hémorragique chez un patient sous AVK
Pour les patients sous anticoagulants oraux (warfarine, fluindione), un INR récent (< 24 h selon la HAS) est indispensable avant une extraction, un surfaçage radiculaire ou une chirurgie parodontale. Le chirurgien-dentiste prescrit directement l'analyse au laboratoire. Si l'INR est > 3, l'acte est reporté et le médecin traitant contacté pour ajustement posologique.Prescrire une NFS en cas de signes d'alerte hématologiques
Gingivorragies spontanées, pétéchies buccales, retard de cicatrisation inexpliqué : le chirurgien-dentiste peut prescrire une numération-formule sanguine (NFS) pour investiguer une thrombopénie, une leucopénie ou une anémie. Le résultat conditionne la poursuite ou le report des soins et l'orientation vers le médecin traitant ou l'hématologue.Demander une glycémie à jeun si diabète suspecté ou non équilibré
Parodontite agressive chez un adulte jeune, abcès récidivants, retard de cicatrisation : la glycémie à jeun permet de dépister un diabète latent ou de vérifier l'équilibre glycémique. Le chirurgien-dentiste peut également demander une HbA1c pour évaluer l'équilibre sur 3 mois. Au-delà du dépistage, il oriente vers le médecin traitant.Vérifier l'hémostase avant chirurgie lourde
Avant une extraction complexe (dent incluse, germectomie), un bilan d'hémostase (TP, TCA, fibrinogène) peut être prescrit si le patient rapporte des antécédents hémorragiques personnels ou familiaux. Ce bilan ne remplace pas l'interrogatoire médical mais le complète, notamment chez les patients sous AOD (anticoagulants oraux directs) dont les tests classiques sont peu informatifs.Documenter la prescription et le résultat dans le dossier patient
Toute prescription biologique est mentionnée dans le dossier patient avec la date, l'indication clinique, le résultat reçu et la décision thérapeutique qui en découle. Ce traçage est essentiel en cas de complication post-opératoire et pour la continuité des soins avec le médecin traitant.Assurer la liaison avec le médecin traitant
Lorsque le résultat biologique révèle une anomalie dépassant la sphère dentaire (diabète non diagnostiqué, thrombopénie sévère, INR instable), le chirurgien-dentiste informe le médecin traitant par courrier ou messagerie sécurisée (MSSanté). L'article R.4127-208 CSP impose cette coordination chaque fois que l'état général du patient le justifie.
Sanctions en cas de manquement
- Responsabilité civile — défaut de bilan pré-opératoire— indemnisation du dommage : hémorragie post-extractionnelle non anticipée
Base légale : Art. L.1142-1 CSP — faute dans l'organisation des soins
- Sanction ordinale — prescription hors périmètre— avertissement à interdiction d'exercer
Base légale : Art. L.4141-2 et R.4127-206 CSP
- Sanction ordinale — défaut de liaison— avertissement à blâme
Base légale : Art. R.4127-208 CSP
Bilan sanguin au cabinet dentaire — 7 étapes
- Interrogatoire médical complet (traitements, antécédents hémorragiques)
- INR prescrit si patient sous AVK (résultat < 24 h avant l'acte)
- NFS prescrite en cas de signes hématologiques buccaux
- Glycémie / HbA1c si suspicion de diabète ou parodontite agressive
- Bilan d'hémostase si antécédents hémorragiques + chirurgie lourde
- Résultat biologique archivé dans le dossier patient
- Médecin traitant informé si anomalie systémique détectée
Questions fréquentes
Le chirurgien-dentiste a-t-il le droit de prescrire un bilan sanguin ?
Oui. L'article L.4141-2 du CSP lui confère un droit de prescription étendu à tous les examens nécessaires à l'exercice de l'art dentaire. Cela inclut les examens biologiques (INR, NFS, glycémie, hémostase) dès lors que l'indication est liée à un acte bucco-dentaire ou à la sécurité du patient pendant les soins.
Faut-il un INR pour un patient sous AOD (Xarelto, Eliquis) ?
Les AOD (rivaroxaban, apixaban, dabigatran) ne nécessitent pas de contrôle INR car ils n'agissent pas sur ce paramètre. En revanche, le praticien doit connaître le moment de la dernière prise et adapter le protocole d'hémostase locale. Un bilan d'hémostase spécifique (anti-Xa, temps de thrombine dilué) peut être demandé dans les cas complexes, en concertation avec l'hématologue.
Le patient peut-il refuser le bilan sanguin ?
Le patient peut refuser tout examen. Le chirurgien-dentiste doit alors l'informer des risques liés à l'absence de bilan (hémorragie, complications), obtenir un refus éclairé documenté, et décider s'il maintient l'acte ou le reporte. En cas de risque vital, le report est la seule option déontologiquement acceptable.
Le bilan sanguin prescrit par le dentiste est-il remboursé ?
Oui. Les examens biologiques prescrits par un chirurgien-dentiste sont pris en charge par l'Assurance Maladie dans les mêmes conditions que ceux prescrits par un médecin, à condition que la prescription comporte le numéro RPPS du prescripteur et une indication clinique. Le laboratoire transmet les résultats directement au praticien.
Sources et textes de référence
Vérifié manuellement le .
Guides liés
Obligations de prescription médicamenteuse pour le chirurgien-dentiste
Listes I et II, AMM, ordonnance bizone, durée maximale, prescription DCI : ce qu'un chirurgien-dentiste doit savoir pour prescrire dans le cadre légal.
Extraction de dent de sagesse : obligations d'information du patient
Information préalable, consentement écrit, alternatives, risques (lésion nerf alvéolaire) : ce que la loi impose au chirurgien-dentiste avant l'extraction des dents de sagesse.
Pilotez la conformité de votre cabinet dentaire
Dentanorme regroupe inventaire, DPC et préparation des audits ARS dans un seul outil pour les cabinets dentaires libéraux français.
Découvrir Dentanorme